dimanche

L'art de disparaître

Tout d’abord cesser tout mouvement de sollicitation, quel qu’il soit vers les autres. Mais le faire de manière assez subtile pour qu’aucun sentiment de rejet ou d’opposition ne soit vécu de l’autre côté. Ensuite, faire en sorte que chaque mouvement, bien que naturel, soit plus doux et plus léger. Que rien ne vienne éveiller le regard d’autrui; rien de suspect qui ressemble à de l’attente, du désir, de la violence (quelle qu’elle soit). Ensuite cesser de parler, progressivement lorsque l’usage de la parole nous est possible. En effet en compagnie de personnes parlant une langue différente la moitié du travail est déjà entamée. Mais en compagnie de ceux avec qui une communication verbale est possible, un autre processus s’impose. Tout d’abord le volume de la voix et l’intonation se feront plus faibles, puis faire en sorte que les dernières paroles prononcées soient d’une banalité effrayante, et n’attirent plus l’attention ni l’intérêt des autres.
Réagir le moins possible aux sollicitations extérieures. Ni surprise ni vraie réponse, effacer l’expression des sentiments. À la limite juste un mouvement du corps, histoire de rassurer.
Le regard viendra clore le tout. Petit à petit il se fixera, de plus en plus longtemps sur chacun des objets alentours. Puis il deviendra vague en un même temps, comme celui d’un dormeur qui aurait oublié de fermer les paupières, dont la présence ne présente ni danger ni enjeux, car sa conscience semble éteinte. Les autres finiront par se lasser de nous, car ce n’est ni intrigant, ni attrayant, ni inquiétant.

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