Un matin d’hiver avec Blessing. Elle me demande de prendre le fruit, qui n’est ni une pomme, ni une orange. Elle ne sait pas son nom, je n’ai jamais vu ce fruit avant non plus. Elle me dit qu’elle a aussi oublié le nom du fruit dans sa langue, et sur internet elle ne l’a pas trouvé. Ce sera donc "le fruit". Il est doux, peu sucré, avec de gros pépins noirs. La chair est blanche.
jeudi
Le fruit
Libellés :
fruit,
Maria Thérésa Alves
Pays/territoire :
81 Grande Rue, 25000 Besançon, France
vendredi
Le long des routes
Un
jour avec Ilker et Oyro, nous avons fait une randonnée le long des
quatre voies, pendant plus de cinq heures. Je voulais photographier les
grattes-ciels, et essayer d’avoir des vues de la ville plus en hauteur.
Finalement mon regard s’est attardé sur ces gens qui marchent le long
des routes, les traversent, des sacs de course à la main, ceux qui
descendent d’un bus au milieu de presque nulle part pour rentrer chez
eux. Surprenant témoignage de l’urbanisation rapide de ces parties de la
ville.
"Istanbul n'est plus une ville, mais une entité insaisissable et ingérable".
Jean-François Pérouse
"Istanbul n'est plus une ville, mais une entité insaisissable et ingérable".
Jean-François Pérouse
Libellés :
grattes-ciels,
Istanbul,
Jean-François Pérouse,
urbanisation,
Valerie Jouve
Pays/territoire :
Istanbul, Turquie
Le fils de Crâo
Un jour de tempête de neige j’avais rejoins Étienne en une heure de train. On s’était rencontrés un an et demi plus tôt dans les landes, entre temps beaucoup de lettres. Comme lui aussi connaissait "Rahan, fils des âges farouches" et que lui non plus n’avait pas de désir particulier quand aux lieux à visiter, nous avons convenu que son Opinel nous servirait de guide. Il nous a emmenés près de la tour Eiffel. L’été suivant il partait pour le Mali. Je lui avais fabriqué une boite, dans laquelle il y avait entre autre une télécommande, pour zapper les situations à risques, ainsi qu’une montre cassée.
Libellés :
Landes,
Opinel,
Paris,
Rahan,
tour Eiffel
Pays/territoire :
Champ de Mars, 11 Rue Augereau, 75007 Paris, France
lundi
No man's land
C'était entre la Slovénie et la Croatie, en 2005. Phillipe nous dit :
-"Nous sommes dans un no man's land mes amis."
Lou lui répond:
-"On est entre nulle part et ailleurs."
Non, on était nulle part. Entre quelque part et ailleurs.
-"Nous sommes dans un no man's land mes amis."
Lou lui répond:
-"On est entre nulle part et ailleurs."
Non, on était nulle part. Entre quelque part et ailleurs.
jeudi
Permis de résider
Un jour à l'aéroport, des policiers m'ont accompagnés dans leur bureau après avoir vérifié mon passeport. Je ne comprenais rien de ce qu'ils disaient, mais à la grimace d'un des employé et son air compatissant j'ai vite compris que je pouvais commencer à m'inquiéter. En effet j'aurai dû avoir un permis de résidence, je n'en savais rien. Si je voulais retourner en France je devais payer sept cent euros d'amende, et attendre six mois avant de revenir. Sinon je pouvais rester, et tenter de régler le problème.
Retourner là d’où je viens sans pouvoir retourner "chez moi", ou rester chez moi sans vraiment avoir le droit d'y être.
En pensant à W qui avait vécu neuf ans sans papiers j'ai essayé de ne pas me plaindre, je me suis quand même demandée comment on pouvait supporter ce sentiment aussi longtemps.
http://www.google.fr/imgres?q=alfredo+jaar+passeports&um=1&hl=fr&client=firefox-a&hs=cOY&rls=org.mozilla:fr:official&biw=1680&bih=887&tbm=isch&tbnid=wx-PNpiz8H0l5M:&imgrefurl=http://students.cis.uab.edu/juliate/finland.html&docid=Zbf0XG9H9isJhM&imgurl=http://students.cis.uab.edu/juliate/passports.jpg&w=864&h=486&ei=foZCT9CKIKet0QXK78GPDw&zoom=1&iact=hc&vpx=401&vpy=178&dur=721&hovh=168&hovw=300&tx=172&ty=90&sig=112502360276248814242&page=1&tbnh=131&tbnw=233&start=0&ndsp=29&ved=0CEQQrQMwAQ
Retourner là d’où je viens sans pouvoir retourner "chez moi", ou rester chez moi sans vraiment avoir le droit d'y être.
En pensant à W qui avait vécu neuf ans sans papiers j'ai essayé de ne pas me plaindre, je me suis quand même demandée comment on pouvait supporter ce sentiment aussi longtemps.
http://www.google.fr/imgres?q=alfredo+jaar+passeports&um=1&hl=fr&client=firefox-a&hs=cOY&rls=org.mozilla:fr:official&biw=1680&bih=887&tbm=isch&tbnid=wx-PNpiz8H0l5M:&imgrefurl=http://students.cis.uab.edu/juliate/finland.html&docid=Zbf0XG9H9isJhM&imgurl=http://students.cis.uab.edu/juliate/passports.jpg&w=864&h=486&ei=foZCT9CKIKet0QXK78GPDw&zoom=1&iact=hc&vpx=401&vpy=178&dur=721&hovh=168&hovw=300&tx=172&ty=90&sig=112502360276248814242&page=1&tbnh=131&tbnw=233&start=0&ndsp=29&ved=0CEQQrQMwAQ
samedi
Vers le pont du canal
En marchant vers le canal.
Avant de traverser le pont, il y avait un chemin qui longeait un petit parc, plutôt une étendue d’herbe. À l’entrée du chemin, près d’un passage piéton, il y avait une vieille femme assise sur une chaise. La chaise faisait un angle un peu face au chemin et face a un grillage. Ses pieds touchaient le grillage. De l’autre côté, après l’herbe, une route a trois voies et des immeubles.
Un peu plus tard elle se mis à marcher, avec la chaise au bout du bras gauche.
Libellés :
chaise,
immeuble,
pont,
route,
vieille femme
Pays/territoire :
Quai de Willebroeck, 1000 Bruxelles, Belgique
vendredi
Stranded in the metro
Dans le métro, le jour d’après, en allant à Louise.
Elle a dix ans, peut être moins, mais son regard semble beaucoup plus âgé. Sa mère à l’air jeune, elle a de longs cheveux lisses, attachés en queue-de-cheval. Elles sont toutes les deux habillées en rose. La mère a les sourcils un peu froncés, de vigilance et non d’inquiétude semblerait-il, elle regarde devant elle. J’aurai pu croire qu’elles étaient sœurs mais chaque mouvement que l’une a pour l’autre me pousse à penser que c’est faux. La fille regarde par la vitre du métro, elle s'agite et pose plein de questions, auxquelles elle n'attend pas de réponses, comme si elle voulait juste montrer qu'elle était là. Il n’y a aucune douceur enfantine dans sa voix.Parfois la mère pose sa main sur sa jambe, sans la regarder. Alors sans la regarder non plus la petite fille rejette la main, comme un réflexe. La mère ne réagit pas.
Un groupe de jeunes filles montent dans le même wagon, et s’asseyent en face d’elles, une autre est debout à côté. Elles parlent fort, elles ont quinze ans à peine. Elles se racontent des anecdotes, lisent des textos reçus.
La petite fille est plus calme et les regarde, ses yeux semblent impressionnés, elle ne bouge plus dans tous les sens. Elle boit un jus d’orange trouvé dans le sac de sa mère, avec une petite paille. Elle s’assied en tailleur, droite sur la chaise en plastique. Elle ne rejette pas la main que sa mère pose sur elle. Sa mère la regarde, sourit un peu.
http://www.youtube.com/watch?v=M1eDzz5fKio
"La conviction qu’en regardant patiemment ce que les autres ignorent, ou dont ils se désintéressent, on peut voir des choses intéressantes".
Richard Woodward à propose de Stranded in Canton, de William Eggelston.
Libellés :
jeunes filles,
métro,
Richard Woodward,
William Eggelston
Pays/territoire :
Avenue Louise, Bruxelles, Belgique
mercredi
Ostende-Bruxelles
Le train démarre, un couple s’assied en face de moi, essoufflé. Ils ont couru avant de monter dans le train, et ont beaucoup de bagages. Ils ont environs quarante ans.
Les lunettes Pierre Cardin de la femme sont un peu retombées sur son front, elle les relève dans ses cheveux, ils s’emmêlent un peu. Elle laissera les lunettes dans les cheveux emmêlés durant tout le trajet.
Elle dit avec un grand sourire:
- "J’ai jamais pris un train comme ça". En insistant sur le jamais. Elle est essoufflée longtemps et sourie beaucoup, les yeux grands ouverts.
L’homme qui l’accompagne est impressionné du peu de temps qui leur aurait fallu pour rater ce train. Il énumère les incidents qui ont ralenti leur course, et ceux qui leur ont permis d’arriver à temps.
Deux jeunes hommes traversent notre wagon, ils parlent fort. Ils cherchent une place, mais n’en trouvent pas. Ils sont énervés. Ils trouvent un peu plus tard deux places à côté du carré ou le couple est assis en face de moi. Un des garçons téléphone à un ami, lui raconte qu’il sort de garde à vue, qu’il a volé beaucoup de vêtements. Il raconte ensuite à celui qui l’accompagne que sa sœur est droguée, qu’il doit aller la voir. Ils boivent de la bière, et vont fumer des cigarettes dans le couloir d’entrée du wagon.
Les lunettes Pierre Cardin de la femme sont un peu retombées sur son front, elle les relève dans ses cheveux, ils s’emmêlent un peu. Elle laissera les lunettes dans les cheveux emmêlés durant tout le trajet.
Elle dit avec un grand sourire:
- "J’ai jamais pris un train comme ça". En insistant sur le jamais. Elle est essoufflée longtemps et sourie beaucoup, les yeux grands ouverts.
L’homme qui l’accompagne est impressionné du peu de temps qui leur aurait fallu pour rater ce train. Il énumère les incidents qui ont ralenti leur course, et ceux qui leur ont permis d’arriver à temps.
Deux jeunes hommes traversent notre wagon, ils parlent fort. Ils cherchent une place, mais n’en trouvent pas. Ils sont énervés. Ils trouvent un peu plus tard deux places à côté du carré ou le couple est assis en face de moi. Un des garçons téléphone à un ami, lui raconte qu’il sort de garde à vue, qu’il a volé beaucoup de vêtements. Il raconte ensuite à celui qui l’accompagne que sa sœur est droguée, qu’il doit aller la voir. Ils boivent de la bière, et vont fumer des cigarettes dans le couloir d’entrée du wagon.
Libellés :
bière,
Pierre Cardin,
retard,
train
Pays/territoire :
Ostende, Belgique
Le train
TGV Besançon-Dijon
« - Monsieur c’est moi qui n’ai pas de billets. »
Le contrôleur hoche la tête puis s’en va.
Rires complices entre inconnus.
Deux hommes devant une tombe.
Du soleil partout.
Embardées entraînantes du train, le sol des forêts piqueté de lumière.
Décharge de voitures, caverne d’Ali Baba.
Inscription à :
Articles (Atom)