vendredi

Stranded in the metro


Dans le métro, le jour d’après, en allant à Louise.
Elle a dix ans, peut être moins, mais son regard semble beaucoup plus âgé. Sa mère à l’air jeune, elle a de longs cheveux lisses, attachés en queue-de-cheval. Elles sont toutes les deux habillées en rose. La mère a les sourcils un peu froncés, de vigilance et non d’inquiétude semblerait-il, elle regarde devant elle. J’aurai pu croire qu’elles étaient sœurs mais chaque mouvement que l’une a pour l’autre me pousse à penser que c’est faux. La fille regarde par la vitre du métro, elle s'agite et pose plein de questions, auxquelles elle n'attend pas de réponses, comme si elle voulait juste montrer qu'elle était là. Il n’y a aucune douceur enfantine dans sa voix.
Parfois la mère pose sa main sur sa jambe, sans la regarder. Alors sans la regarder non plus la petite fille rejette la main, comme un réflexe. La mère ne réagit pas.

Un groupe de jeunes filles montent dans le même wagon, et s’asseyent en face d’elles, une autre est debout à côté. Elles parlent fort, elles ont quinze ans à peine. Elles se racontent des anecdotes, lisent des textos reçus.
La petite fille est plus calme et les regarde, ses yeux semblent impressionnés, elle ne bouge plus dans tous les sens. Elle boit un jus d’orange trouvé dans le sac de sa mère, avec une petite paille. Elle s’assied en tailleur, droite sur la chaise en plastique. Elle ne rejette pas la main que sa mère pose sur elle. Sa mère la regarde, sourit un peu.

http://www.youtube.com/watch?v=M1eDzz5fKio

"La conviction qu’en regardant patiemment ce que les autres ignorent, ou dont ils se désintéressent, on peut voir des choses intéressantes".


Richard Woodward à propose de Stranded in Canton, de William Eggelston.

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