dimanche

Arène


  À l’arrivée Vincent m’attend, son fils dans les bras. Il a bientôt un an, je le vois pour la première fois. J’ai toujours aimé arriver à cette gare, comme elle est en hauteur par rapport à la ville, on voit les montagnes au loin.

  Depuis la maison à Rivotte on voit toute la ville. Vincent met le ventilateur dehors à cause de la chaleur.
Blessing a ouvert une épicerie-salon de coiffure à côté de la Madeleine. Elle dit mon nom toutes les deux minutes, je suis contente de la revoir. Avec ses clientes, elles parlent Swahili. Elle m’offre un jus de gingembre, je la regarde coiffer une grande femme silencieuse. Le mari n’est pas loin, blanc. Il me dit: 
- "Tu trouve pas qu’il y a un peu trop de noir au mètre carré dans ce salon?" en me regardant, probablement pour que je rie avec lui. Je ne ris pas, je regarde les mains de Blessing qui rapidement cousent des mèches de cheveux dans les cheveux tressés de sa cliente.

Un DVD passe en boucle, je croie que c’est un pasteur, il chante devant une foule souriante, dehors. Les spectateurs regardent souvent le ciel en joignant leur main en signe de prière. Blessing connaît presque toutes les chansons par cœur et les fredonne.
 Je suis debout dans un coin, j’attends et regarde. L’homme a arrêté de me parler.
Plus tard elle me reparlera de ce jour où je l’ai accompagné à Dijon, voir sa famille pour la cérémonie de deuil de son frère mort au Congo. Dans le hangar reconverti en église Évangéliste, on avait dansé debout, je lui avais tenu la main tout le long. Il m’avait tout de même fallut me fondre rapidement dans le décor durant ces quelques jours, pour comprendre et agir comme il le fallait, dans un appartement de quarante mètres carré abritant une dizaine de personne. Il n’y avait ni jour ni nuit, on dormait où on pouvait quand on voulait.

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